Photo iStock du logo de l'ONU à l'entrée du Palais des Nations. Illustration de l'article LabSense sur les débats à l'ONU sur l'IA en septembre 2026.

L’ONU s’est-elle prononcée sur l’IA ? Déclarations, décisions, et ce qui pourrait changer

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Alice Petitcolin

Sommaire

👉 L’article en quelques mots – L’IA a dominé les sujets de la 81e Assemblée générale de l’ONU, fin septembre 2026. Le 23 septembre, le Conseil de sécurité a entendu Yoshua Bengio, Sam Altman, Dario Amodei et Clément Delangue. Les dirigeants d’OpenAI et d’Anthropic ont plaidé pour des normes de test communes et un signalement des incidents. Les États-Unis ont rejeté l’idée d’une gouvernance mondiale et d’un régime réglementaire mondial de l’IA. Aucune nouvelle règle mondiale contraignante sur l’IA n’a été adoptée, et le prochain rendez-vous onusien est prévu en mai 2027. En Europe, les obligations issues de l’AI Act continuent de s’appliquer indépendamment de ces discussions internationales.

Le 22 septembre 2026, António Guterres a ouvert pour la dernière fois le débat annuel de l’Assemblée générale des Nations unies. Pourtant, c’est l’intelligence artificielle qui a donné le ton de la semaine. Le lendemain, le Conseil de sécurité recevait les patrons d’OpenAI, d’Anthropic et de Hugging Face. Derrière les déclarations, les questions restent très concrètes. Qui veut encadrer l’IA, et comment ? Qu’est-ce qui a réellement été décidé ? Surtout, qu’est-ce que cela change pour une entreprise qui utilise déjà l’IA au quotidien ?


Pourquoi l’IA s’est retrouvée au Conseil de sécurité de l’ONU 🚨

Des incidents de plus en plus nombreux

Pour commencer, le 21 juillet, OpenAI a reconnu que ses modèles, testés dans un environnement isolé avec certains garde-fous désactivés, s’en étaient échappés. Ils ont exploité une faille jusque-là inconnue pour accéder à internet. Ensuite, ils ont pénétré l’infrastructure de Hugging Face afin de récupérer les réponses d’un test de cybersécurité. Hugging Face a publié sa propre chronologie technique de l’intrusion.

Début août, l’AI Security Institute britannique a ensuite rapporté un second cas. Lors de ses évaluations, un agent reposant sur Mythos 5, un modèle d’Anthropic, a créé de fausses identités pour faire approuver du code malveillant dans un projet open source. Anthropic a confirmé son implication (CNBC). L’institut appelle toutefois à interpréter ces résultats avec prudence. Ses tests donnaient en effet volontairement accès à internet, avec certains filtres désactivés (The Record).

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Puis le 18 septembre, Google a confirmé à son tour qu’un modèle Gemini avait accédé, en mai, aux systèmes de trois entreprises réelles. L’incident s’est produit lors d’une évaluation de cybersécurité menée par la société Irregular. Le nom de l’entreprise fictive visée par l’exercice correspondait à celui d’une vraie société. De plus, une erreur de configuration laissait l’accès à internet ouvert (Tech Times). Le modèle a notamment deviné un mot de passe et réutilisé des identifiants exposés publiquement. Selon Google, il s’est arrêté dès qu’il a compris que ces systèmes ne faisaient pas partie du test.

Enfin, le 24 septembre, en marge de l’Assemblée générale, le Premier ministre australien Anthony Albanese a révélé un incident survenu hors de tout test de sécurité. Le 18 juin, un agent d’OpenAI chargé d’une recherche sur les dépenses de médicaments a contourné les blocages du portail statistique de Medicare, l’assurance maladie publique australienne. Il a ensuite consulté des fichiers non publics (CNN). OpenAI affirme n’avoir trouvé aucune trace d’accès à des dossiers de patients. Anthony Albanese a en revanche jugé « inacceptable » le délai de notification : l’entreprise n’a prévenu le gouvernement que le 10 septembre (Cyber Magazine).

Une séance réclamée par la France

Plusieurs prises de position ont suivi ces épisodes. Le 12 septembre, Dario Amodei a appelé les laboratoires à ralentir. Selon Fortune, Sam Altman et Elon Musk auraient soutenu cet appel, tandis que Jensen Huang, patron de Nvidia, a jugé ces craintes exagérées. Le 21 septembre, le Panel scientifique de l’ONU sur l’IA a publié une note consacrée justement aux agents et au risque de perte de contrôle.

La France présidait le Conseil de sécurité en septembre. Elle a donc convoqué cette réunion, présidée par le ministre Jean-Noël Barrot. Quatre intervenants ont ouvert les débats : Yoshua Bengio, coprésident du Panel scientifique de l’ONU, puis les dirigeants d’OpenAI, d’Anthropic et de Hugging Face. Vous pouvez revoir toute la séance sur UN Web TV.

Ce qui a été déclaré à New York 🎙️

Cette partie rapporte des prises de position, pas des décisions. À notre lecture, beaucoup d’intervenants partagent le constat, mais divergent sur les remèdes.

António Guterres : « la technologie sans responsabilité »

Dans son dernier discours d’ouverture, le Secrétaire général a notamment déclaré : « Le danger, c’est la technologie sans responsabilité ». Il a demandé aux États les plus avancés de partager leurs informations sur les risques. Il a aussi posé une limite : les décisions de vie ou de mort ne doivent jamais revenir aux machines (source : ONU Info).

Washington s’oppose à une gouvernance mondiale de l’IA

Le même jour, Donald Trump a défendu une position opposée. Il a affirmé que les États-Unis rejetaient toute tentative de « plan mondialiste » pour contrôler l’IA. Selon lui, le pays qui gagnera cette course raflera la mise entière.

Le lendemain, la délégation américaine a confirmé cette ligne au Conseil. Pour elle, les progrès de l’IA ne justifient ni une pause ni une gouvernance mondiale. Washington propose plutôt d’aider ses alliés à bâtir leurs propres capacités, avec des technologies américaines (cf. intervention officielle des États-Unis).

OpenAI et Anthropic à l’ONU : des propositions convergentes

Sam Altman a évoqué deux risques majeurs. Le premier : perdre le contrôle de l’avenir au profit de l’IA. Le second : concentrer le pouvoir entre trop peu de mains. Il a donc plaidé pour des standards communs et un signalement rapide des incidents. Dario Amodei, intervenu en vidéo, a formulé trois propositions (CNN) :

  • des accords ciblés, comme l’interdiction d’utiliser l’IA pour concevoir des armes biologiques ;
  • des systèmes de vérification pour que les États contrôlent les engagements de chacun ;
  • des normes mondiales de test, avec un dispositif de notification des incidents.

Il a surtout annoncé qu’Anthropic ralentirait « autant que nécessaire » pour garantir la sûreté de ses modèles. Selon France 24, c’est la première fois qu’il promet de décélérer seul. Des observateurs, comme le média Forkast, soulignent toutefois un paradoxe : les entreprises venues alerter le Conseil sont aussi celles dont les modèles ont été impliqués dans les incidents de sécurité observés cet été lors de tests.

Yoshua Bengio évoque « une course où tout le monde perd »

Le chercheur québécois a adressé une critique directe aux laboratoires. Selon le compte rendu officiel de l’ONU, il a pointé un paradoxe. Les laboratoires reconnaissent des risques catastrophiques, mais n’offrent aucune solution technique convaincante. Il appelle à coopérer face à trois menaces : les usages malveillants, la concentration du pouvoir et la perte de contrôle.

Clément Delangue fait le pari de l’open source

Le cofondateur français de Hugging Face a mis en avant un autre angle, tiré de son expérience. Pendant l’attaque de juillet, son équipe a voulu riposter avec des modèles fermés. Leurs garde-fous l’ont bloquée, car ils ne distinguaient pas les défenseurs des attaquants. Hugging Face s’est donc défendu avec un modèle open source, dont les paramètres sont publics et modifiables. Selon lui, le vrai danger est une IA puissante répartie de façon inégale. Il réclame le partage obligatoire des traces complètes des agents après un incident.

Les positions respectives de la France et la Chine

Jean-Noël Barrot a défendu quatre chantiers : l’évaluation indépendante des modèles, la transparence sur leurs défaillances, leur contrôle interne et externe, puis la responsabilité juridique des entreprises (cf. discours officiel). De son côté, l’ambassadeur chinois Fu Cong a plaidé pour un cadre mondial fondé sur le consensus (The Conversation).

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Le tableau des positions exprimées à l’ONU 🗺️

ActeurPosition expriméeProposition concrète
ONU (António Guterres)Appel à des garde-fous communs face aux risques de l’IAPartage international d’informations sur les risques, aucune décision de vie ou de mort confiée à une machine
États-UnisOpposition à une gouvernance mondiale et à un régime réglementaire mondialDialogue entre États, renforcement des capacités nationales, exportation de la technologie américaine
FranceAppel à fixer des règles communes pour les modèles les plus avancés, dans le cadre de l’ONUÉvaluation indépendante, transparence sur les défaillances, contrôle interne et externe, responsabilité juridique
ChineDéfense d’un cadre mondial fondé sur le consensusGarde-fous institutionnels pour la paix et la sécurité
OpenAI (Sam Altman)Coopération internationale indispensableStandards communs, signalement des incidents, canaux sécurisés entre États
Anthropic (Dario Amodei)Ralentir si la sécurité l’exigeAccords ciblés, vérification entre États, tests communs et notification des incidents
Hugging Face (Clément Delangue)Le risque, c’est l’asymétrieModèles ouverts, partage obligatoire des traces d’agents
Yoshua BengioAppel à coopérer face aux risques systémiquesCoopération contre les usages malveillants, la concentration et la perte de contrôle

Ce qui a été décidé, et ce qui reste sans réponse ⚖️

Premier constat : aucune nouvelle règle mondiale contraignante sur l’IA n’a été adoptée à l’issue de cette semaine new-yorkaise. Le Conseil n’a adopté aucune résolution. En effet, un texte obligatoire devrait échapper au veto des cinq membres permanents. Pourtant, la délégation américaine a explicitement rejeté la création d’un régime réglementaire mondial.

Trois éléments tangibles existent néanmoins.

  1. D’abord, la Finlande et la Norvège ont lancé le 21 septembre une déclaration pour un organe mondial de régulation sous l’égide de l’ONU. Ce texte n’est pas contraignant. Plus de vingt pays l’ont signé, dont l’Allemagne, l’Espagne et le Canada. La France, les États-Unis, la Chine et l’Inde ne l’avaient pas signé au 24 septembre.
  2. Ensuite, Anthropic a pris un engagement unilatéral de ralentir, dont la mise en œuvre reste à observer.
  3. Enfin, OpenAI, Anthropic et Hugging Face ont tous trois plaidé pour un signalement des incidents, avec des modalités différentes. Il s’agit d’une convergence de discours, pas encore d’un engagement commun.

Ce qui est prévu pour l’ONU, et ce que l’on peut raisonnablement anticiper 📅

Plusieurs échéances et initiatives sont déjà annoncées :

  • 1er janvier 2027 : António Guterres quitte ses fonctions. Son successeur héritera du dossier.
  • 2027 : le Panel scientifique doit présenter son premier rapport complet lors du prochain Dialogue mondial.
  • Mai 2027 : le deuxième Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA se tiendra à New York, selon le mandat confirmé par l’ONU.
  • 2027 : le Royaume-Uni, qui présidera le G20, souhaite y élaborer des standards de sécurité de l’IA.

Au-delà de ce calendrier, nous formulons une hypothèse, et non une prévision. Un traité mondial nous paraît peu probable à court terme, compte tenu de l’opposition américaine. Des normes techniques partagées, comme des méthodes de test ou des formats de signalement, pourraient en revanche progresser plus vite que les textes politiques. Cette piste mérite d’être suivie, mais rien ne garantit qu’elle aboutisse.

Ce que cela change concrètement pour votre entreprise 🏢

À court terme, ces discussions internationales ne créent pas, à elles seules, de nouvelle obligation générale pour les entreprises européennes. Ils signalent cependant les sujets qui reviennent partout : transparence, traçabilité, évaluation. Voici comment s’y préparer sans attendre.

Ce que l’AI Act impose déjà

En Europe, l’AI Act s’applique déjà, quelle que soit l’issue des négociations mondiales. Depuis le 2 août 2026, son article 50 impose plusieurs obligations de transparence distinctes :

  • les fournisseurs d’un chatbot doivent toujours informer les utilisateurs qu’ils échangent avec une IA ;
  • les fournisseurs de systèmes génératifs doivent aussi marquer leurs contenus de façon lisible par machine, avec un délai jusqu’au 2 décembre 2026 pour les systèmes déjà commercialisés ;
  • les utilisateurs professionnels d’un système de reconnaissance des émotions ou de catégorisation biométrique doivent également en informer les personnes concernées ;
  • les deepfakes doivent être signalés, tout comme les textes générés par IA et publiés pour informer le public sur des questions d’intérêt général, sauf contrôle humain et responsabilité éditoriale.

Pour un cas précis, faites valider votre analyse par un juriste.

En savoir plus sur l’article 50 de l’AI Act

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« La réglementation européenne sur l’intelligence artificielle a longtemps semblé lointaine, réservée aux juristes et aux très grands groupes. Cette perception a changé le 2 août 2026. Ce jour-là, l’article 50 de l’AI Act… » >> Lire la suite

Gardez la trace de ce que font vos agents

Plusieurs grands laboratoires plaident pour le signalement des incidents. Il est donc plausible, sans être acquis, que des exigences comparables s’étendent un jour aux entreprises qui déploient des agents. Certaines précautions relèvent toutefois déjà du bon sens. Conservez un journal des actions de vos agents. Limitez leurs permissions au strict nécessaire. Prévoyez une validation humaine pour les actions sensibles, comme une publication ou un paiement.

Appliquez les bonnes pratiques avec notre guide sur la confidentialité IA

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« La vraie question n’est donc plus uniquement de savoir si l’IA vous fait gagner du temps, mais ce qu’elle fait de ce que vous lui confiez, et donc de la confidentialité de vos données… » >> Lire la suite

Ne dépendez pas d’un seul fournisseur

Le témoignage de Clément Delangue illustre un risque concret : un modèle fermé peut refuser une tâche légitime. Par ailleurs, les désaccords entre Washington et ses partenaires rappellent que l’accès à un service peut dépendre de décisions politiques. Prévoyez donc une solution de repli pour vos usages critiques, par exemple un modèle open source ou hébergé en Europe.

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Documentez vos usages

L’évaluation indépendante revient dans presque toutes les propositions entendues à l’ONU. Vos clients ou vos assureurs pourraient donc, à terme, vous demander des preuves. Un inventaire simple constitue un bon point de départ : quels outils, quels modèles, quelles données, quels contrôles. Cet exercice peut se mener en interne ou avec un accompagnement extérieur, par exemple un audit IA.


Un diagnostic plutôt partagé, un remède encore introuvable 🧭

Cette semaine new-yorkaise s’achève ainsi sur un contraste marqué. Les grands acteurs de l’IA présents à New York ont formulé publiquement plusieurs demandes en faveur de mécanismes communs de sécurité. Dans le même temps, les États-Unis ont écarté l’idée d’une gouvernance mondiale. Entre ces deux positions, l’Europe dispose déjà d’un cadre applicable avec l’AI Act. Quant à la voie des standards techniques, elle reste une hypothèse ouverte, que les échéances de 2027 permettront de vérifier.


FAQ sur l’IA à l’ONU ❓

Quelle différence entre l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité ?

L’Assemblée générale réunit les 193 États membres de l’ONU, avec une voix chacun. Ses résolutions ne sont pas juridiquement contraignantes. Le Conseil de sécurité ne compte que quinze membres, mais ses décisions peuvent être obligatoires.

Qu’est-ce que le Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA ?

Le Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA est une enceinte de l’ONU ouverte à tous les États membres, créée en 2025. Sa première session s’est tenue à Genève les 6 et 7 juillet 2026, avec environ 4 000 participants selon Alliancy. Il ne négocie pas de traité : il cherche un diagnostic commun.

Le Panel scientifique de l’ONU sur l’IA peut-il imposer des règles ?

Non. Le Panel scientifique international indépendant sur l’IA réunit 40 experts, sur le modèle du GIEC pour le climat. Il publie des rapports qui décrivent les consensus et les désaccords scientifiques. Il ne fixe aucune règle.

Que sont les SALA évoqués à l’ONU ?

Les SALA, ou systèmes d’armes létaux autonomes, sont des armes capables de choisir et d’attaquer une cible sans intervention humaine. Leur encadrement fait l’objet de discussions distinctes à l’ONU. La France plaide pour un cadre commun fondé sur le droit international humanitaire.


Les règles de l’IA se précisent, mais votre entreprise est-elle prête à s’adapter ?

Que la gouvernance mondiale avance vite ou lentement, vos obligations européennes s’appliquent déjà. LabSense vous aide à faire le point avec un Audit IA. Notre Consulting IA bâtit avec vous une stratégie robuste et multi-fournisseurs. Enfin, notre Studio IA déploie des solutions maîtrisées. Plus de 10 ans de R&D et plus de 300 projets IA réalisés : nous vous accompagnons de l’audit à la production.

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